Q. : À quel moment une greffe de cornée devient-elle nécessaire?

R. : Une greffe de cornée est pratiquée lorsque les dommages causés à la cornée engendrent une baisse de vision ou des douleurs qui nuisent aux activités quotidiennes comme la conduite automobile, la lecture ou le travail à l’ordinateur.
 
La cornée peut être déformée par diverses maladies; elle peut aussi présenter des cicatrices à la suite d’infections ou de blessures. Certaines maladies cornéennes sont douloureuses. Plusieurs personnes sont atteintes de maladies cornéennes qui ne nécessitent aucun traitement, alors que d’autres requièrent un traitement précoce. Si une infection cornéenne ne répond pas au traitement médical, une greffe peut alors être envisagée afin de retirer le tissu endommagé et de le remplacer par un tissu sain provenant d’un donneur.

Rôle de la Banque d’yeux

Heureusement, une cornée est habituellement disponible lorsque requise. La Banque d’yeux du Canada (fondée par INCA et la Société canadienne d’ophtalmologie) reçoit des tissus oculaires de personnes qui se sont engagées à donner leurs yeux après leur décès. Ces tissus sont examinés afin de s’assurer que la cornée est saine et qu’elle est propice à une greffe.

Chirurgie sans hospitalisation

La greffe de cornée s’effectue sur une base externe. Cette chirurgie dure de 45 à 60 minutes. Au cours de l’opération, on administre au patient un anesthésique léger qui lui permet de relaxer, ainsi qu’un analgésique local qui permet de restreindre les mouvements de l’œil et de réduire l’inconfort. L’autre œil est recouvert et une lumière éblouissante est dirigée vers l’œil qui subira la chirurgie, le patient ne voit donc à peu près rien au cours de l’opération.
 
Quelques minuscules points de suture, dont la dimension équivaut à la moitié d’un cheveu humain, sont utilisés pour retenir la nouvelle cornée en place. Les patients ne les sentent habituellement plus après quelques jours. Ces points sont retirés environ un an plus tard au bureau de l’ophtalmologiste.

Tissus inspectés avec soin

Les tissus servant aux greffes de cornée sont tous inspectés par la Banque d’yeux et certifiés sains. Avant de pouvoir être utilisés, ils sont testés selon le protocole prescrit par la Eye Bank Association of America (EBAA) et ils doivent répondre négativement aux tests de dépistage du sida, de l’hépatite B et de l’hépatite C.
 
Puisqu’il s’agit ici de tissus humains, ces tissus pourraient transmettre des maladies encore inconnues ou pour lesquelles il n’existe aucun test de dépistage. Par contre, étant donné que les tissus cornéens utilisés pour une greffe sont minuscules, la possibilité de transmission de maladie est, elle aussi, infime.

Autres procédures au cours de la greffe

Si le patient est atteint de cataracte, la lentille affectée pourra alors être extirpée en même temps qu’on effectue la greffe de cornée et elle sera habituellement remplacée par une lentille intraoculaire. Si la lentille affectée n’est pas retirée, la chirurgie, ainsi que les gouttes postchirurgicales instillées, pourraient l’endommager davantage.
 
Si le patient est porteur d’un implant intraoculaire désuet, cet implant pourra être remplacé par un autre plus récent. Ceci sert à prévenir tous dommages que l’intervention pourrait causer à l’ancien implant. Le corps vitré peut devoir être retiré en partie afin de ne pas nuire à la guérison de la greffe de cornée. L’espace ainsi créé sera remplacé par l’humeur aqueuse.
 
Si l’œil est endommagé de quelque autre façon, l’intervention tentera aussi de régler tout autre problème existant, et ce, de manière aussi sécuritaire que possible.

Convalescence

Après la chirurgie, un pansement stérile sera apposé sur l’œil et recouvert d’une coquille de protection rigide. Cette coquille sera retirée par le médecin le lendemain.
 
Les patients ne peuvent pas conduire de véhicule automobile pendant au moins 24 heures après la chirurgie. Ils doivent garder la zone oculaire sèche pendant une semaine. On leur conseille aussi de ne pas se pencher. Immédiatement après la chirurgie, ils peuvent continuer à exécuter diverses activités comme le travail ménager, la marche ou la bicyclette stationnaire, mais ils doivent éviter toute activité exigeante et tout environnement poussiéreux pendant au moins un mois.

Amélioration progressive

Après la procédure, la vision du patient demeure embrouillée et il faudra de 12 à 18 mois pour qu’elle atteigne sa pleine capacité. Des lunettes peuvent être prescrites si elles permettent d’améliorer la vision; elles devront être changées aussi souvent que nécessaire.
 
Les résultats visuels définitifs dépendent de l’état de l’œil. Si les autres composantes de l’œil sont saines, la vision devrait alors être excellente. Si la rétine est enflée ou si elle présente des cicatrices, la vision ne sera que quelque peu améliorée.

Taux élevé de réussite

Comme toute opération chirurgicale, la greffe de cornée comporte certains risques. Des infections ou des hémorragies peuvent survenir, mais très rarement. Les risques de complications graves sont d’environ 1 %, ce qui signifie que dans ces cas le patient pourrait voir moins bien ou ne pas voir du tout après la chirurgie si une complication qui ne peut être traitée survient au moment de l’opération. La vision dans l’autre œil demeurera inchangée. Heureusement, la plupart des chirurgies oculaires ne comportent aucun problème et les chances d’améliorer la vision ou d’éliminer tout inconfort sont excellentes.

Rejet rare

Contrairement à la transplantation cardiaque ou rénale, une médication systémique antirejet n’est habituellement pas requise lors d’une greffe de cornée. Des gouttes ophtalmiques sont prescrites et ces gouttes doivent être instillées en doses décroissantes pendant environ neuf mois.
 
En de rares occasions, le corps d’un individu rejette la nouvelle cornée et le tissu transplanté devient ainsi trouble. Si cette situation survient et que les symptômes sont signalés rapidement, ce rejet peut être inversé par l’utilisation intensive de gouttes ophtalmiques. Dans les rares cas où cette réaction ne peut être résolue, une seconde transplantation est souvent bien acceptée.
 
Quelquefois, le tissu donné ne survit pas à la transplantation. Il ne s’agit alors pas d’un rejet, mais plutôt de l’échec de la greffe. Dans les rares cas où cet événement survient, une nouvelle transplantation peut être prévue.

Comment savoir si j’ai besoin d’une transplantation?

Si votre vision vous empêche d’effectuer diverses tâches essentielles ou d’apprécier certaines autres activités comme la conduite automobile, le travail ou la lecture, ou si vous ressentez une douleur cornéenne qui ne peut être contrôlée par des médicaments ou des verres de contact, discutez avec votre professionnel des soins de la vue. Si la chirurgie ne semble pas constituer un problème pour vous en ce qui concerne votre état de santé général, la greffe de cornée pourrait bien être une option.
 
Pour obtenir de plus amples renseignements sur la Banque d’yeux du Canada, visitez le site http://www.eyebank.utoronto.ca ou communiquez avec la Banque d’yeux de votre province.
 
Les documents d'information publiés dans ce site sont offerts uniquement à titre d'information. Ils ne représentent en aucune façon un avis médical, une recommandation, un diagnostic ou un traitement professionnel, et ne devraient en aucun cas être considérés comme tel. Vous devriez toujours demander l’avis de votre professionnel des soins de la vue ou de tout autre professionnel des soins de santé si vous avez des questions au sujet d’un problème médical. Ne faites jamais fi des conseils médicaux et ne tardez jamais à les obtenir en raison d’un renseignement que vous pourriez avoir lu dans inca.ca.

Le spécialiste :

Photo de Dr William S. DixonDr William S. Dixon est directeur médical de la Banque d’yeux du Canada (Division de l’Ontario), chef du Département d’ophtalmologie du Sunnybrook Health Sciences Centre et professeur au Département d’ophtalmologie de l'Université de Toronto.

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