Re​ncontrez James Bergeron

James Bergeron a eu une longue et riche carrière de 40 ans et la grande majorité de celle-ci, il l'a vécue aveugle.

James et son chien-guide devant un avion d'Air CanadaUne carrière impressionnante !

James a notamment représenté une compagnie pharmaceutique qui lui a permis de parcourir le Canada. Il a aussi travaillé plus de 20 ans pour la Dominion textile (Domtex) en tant qu'analyste informatique puis coordonnateur de formation et encore plus de 16 ans en tant que gestionnaire de projets chez Air Canada.

« J'ai eu une belle carrière, confirme James, retraité depuis moins d'un an.  Je ne me suis pas laissé arrêter par ma perte de vision et j'ai réussi à bien gagner ma vie. »  

James a une rétinopathie diabétique, une perte de vision causée par le diabète.  Celui-ci avait déjà un BAC en biologie et lorsqu'il a su qu'il perdrait la vision, il a décidé de suivre aussi des cours en informatique : « J'ai pensé que j'aurais plus d'opportunités comme personne ayant une déficience visuelle si j’avais de l'expérience en informatique. »

Un employeur accommodant

Ça faisait 2 ans que James travaillait pour la Dominion textile lorsqu'il a dû s'absenter pour subir une chirurgie qui ne s'est pas bien déroulée et faire de la réadaptation. Lorsqu'il est revenu, près d'un an et demi plus tard, son employeur l'a accueilli à bras ouverts et il a pu reprendre son emploi. 

Bien qu'il avoue avoir subi la hargne d'un des gérants qui ne voulait pas l'avoir dans son équipe et le menaçait de faire en sorte qu’il ne puisse toucher de prestations d'assurance invalidité longue durée. James précise toutefois que de manière générale, la compagnie a été très accommodante. « À l'exception de celui-là qui cherchait le trouble, ils ont fait beaucoup pour moi chez Dominion textile, dit James reconnaissant.   Ils ont acheté les équipements nécessaires à mon adaptation au travail. Dans ce temps-là, il n'y en avait pas autant qu'aujourd'hui, ils ont donc essayé de trouver des solutions pour me faciliter la vie. »

La Dominion Textile lui a aussi grandement permis d'évoluer professionnellement, notamment en lui offrant de nombreuses formations, dont la possibilité de compléter sa Maîtrise en administration des affaires (MBA) à Concordia. Il y a d’ailleurs travaillé jusqu'à ce que la compagnie soit vendue aux États-Unis et ferme ses portes aux Québec. 

Recherche d'emploi à l'aveuglette

La période de transition qui a suivi n'a pas été facile pour James.   « Trouver un emploi était un travail à temps plein, dit-il. Il faut se faire des contacts, regarder sur Internet, écrire des lettres de motivation, se rendre aux entrevues, faire les suivis, etc.  C'est encore plus difficile lorsque tu es une personne avec une déficience visuelle, que l'information n'est pas accessible et que les déplacements sont parfois plus compliqués. » 

James prenait le temps d'aller rencontrer les responsables des ressources humaines pour voir si des programmes d’équité existaient au sein de diverses entreprises et s'il y avait des opportunités d'emploi pour lui.  Il a aussi demandé l'aide à d’organismes comme AIM Croît et son centre de réadaptation qui offrent des services d'aide en recherche d’emploi aux personnes vivant avec un handicap.  Au bout du compte, c’est via un de ses propres contacts que James a finalement trouvé un poste à Air Canada. Une des personnes qui avait fait son MBA avec lui a envoyé son CV à Air Canada. 

Passé au travers le processus d'entrevue chez Air Canada a duré plus d'un an (8-9 entrevues) ce qui ne l'a pas découragé.  Il a finalement débuté au Service à la clientèle pour se familiariser avec les différents services de la compagnie.  Lorsque le département a déménagé à Calgary quelques années plus tard, James a postulé sur un poste de Gestionnaire de projets en ingénierie cabine à Montréal.

James : gestionnaire de projets reconnu

Pendant plusieurs années, James a mené de front plusieurs projets à la fois : il devait à la fois négocier, gérer les budgets et superviser plusieurs équipes.  Responsable de vérifier l'intérieur des avions, il devait s'assurer que tout fonctionne parfaitement, changer les pièces qui devaient l’être comme les sièges, les écrans vidéo, l'air conditionné dans le but d'offrir la meilleure expérience possible aux clients. 

James et son équipe d'Air Canada au travail.

James était particulièrement doué pour faire expliquer les opérations à effectuer aux autres gestionnaires.  Sa spécialité ?  Modifier les avions ! Il était reconnu pour préparer les avions pour la saison de hockey. « C'était mon bébé ! » confirme James.  

Aujourd’hui, des jets spéciaux sont utilisés, mais à l’époque, Air Canada fournissait des avions pour toutes les équipes de hockey nationales du Canada de septembre à avril.  Lorsqu'il travaillait à Air Canada, James était responsable de les modifier pour la saison de hockey (c'est-à-dire transformer tous les sièges en première classe, entreposer l'équipement non utilisé, personnaliser l'intérieur et les écrans selon les équipes, etc.). Il devait aussi les remettre à leur état normal pour les passagers à la fin de la saison.  « C'était un gros défi, mais c'était super motivant et valorisant ! » se rappelle James qui était le seul ayant l'expertise pour mener à bien cette opération.

En raison son handicap, James a souvent été appelé pour tester l'accessibilité des technologies utilisées chez Air Canada. Avec son équipe, il a d'ailleurs réussi à rendre les écrans de télévision accessibles pour les clients vivant avec une perte de vision.   « Mes collègues voyaient mon handicap comme un défi pour améliorer les produits et trouver des solutions » explique celui qui s'est toujours senti apprécié par l'équipe. 

Un bon employeur fait la différence

James considère d'ailleurs qu'Air Canada a un excellent programme d’intégration des personnes vivant avec un handicap : « ça fait partie de leur culture d'entreprise. »  Aux chercheurs d'emploi vivant avec une perte de vision, James suggère justement : « Allez cogner aux portes des compagnies comme Air Canada qui suivent des principes d'équité à l'embauche et qui ont un département aux ressources humaines pour les employés vivant avec un handicap. »  Dans son parcours, James a eu la chance d'avoir des employeurs ouverts et c'est ce qu'il souhaite à toutes les personnes vivant avec une perte de vision.