Faites la connaissance de Robert

Robert Schabler décrit sa perte de vision comme un « processus d’apprentissage inimaginable ».

Il y a 10 ans, ce résident de Vancouver et sa femme, Irna, étaient enchantés du panorama que leur offrait la fenêtre de leur appartement donnant sur l’English Bay, utilisant très souvent des jumelles pour regarder de plus près les montagnes, les oiseaux marins et les bateaux.

« La lentille droite des jumelles me semblait souvent couverte de taches graisseuses, raconte M. Schabler. J’avais donc pris l’habitude de démonter les jumelles, de les nettoyer et de les réassembler, mais jamais je n’ai pensé que c’était mon œil qui constituait le problème. »

M. Schabler a consulté son optométriste, qui l’a informé de la situation. Il était atteint de glaucome, une maladie oculaire grave très fréquente, puisqu’elle touche 250 000 Canadiens.

« Je n’ai pas très bien réagi », affirme M. Schabler, un relieur, qui a dû mettre fin à sa carrière à l’âge de 60 ans, en raison de sa vision défaillante. « Comme bien des gens, j’ai vécu une période difficile, que j’appelle "ma période sous la couverture". »

Sa vision se détériorant rapidement, M. Schabler affirme qu’il n’était plus lui-même. Ce retraité habituellement dynamique et optimiste était maintenant coléreux, pessimiste et reclus. Il avait peur de sortir de chez lui pour se perdre ou se blesser dans les rues achalandées du centre-ville de Vancouver.

Il a même annulé un voyage qu’il envisageait de faire avec sa femme au moment de sa retraite, convaincu que ce type d’aventure n’était plus pour lui. Il est alors devenu prisonnier dans sa propre demeure.

« Je me rappelle avoir dit à ma femme : je ne sortirai jamais d’ici. Je ne suis plus comme les autres. Je ne passerai plus ces portes. »

Finalement, à la demande de son épouse, M. Schabler a communiqué avec INCA. C’est alors qu’il a rencontré Dariusz, un spécialiste en mobilité.

Avec Dariusz à ses côtés, et sa nouvelle canne blanche en main, M. Schabler a commencé à apprendre comment marcher en toute sécurité sans vision. Ils ont commencé tout doucement, en se promenant dans des zones peu achalandées, M. Schabler marchant en faisant frapper sa canne blanche sur le sol devant lui et Dariusz lui prodiguant des conseils, l’aidant ainsi à mieux comprendre son environnement.

Le périple fut de longue durée. Il a fallu au total 10 mois de travail sur une base régulière. Petit à petit, les rues résidentielles peu achalandées ont fait place à des intersections fréquentées, pour se transformer éventuellement en des avenues du centre-ville de la plus importante métropole de la Colombie-Britannique.

Et, quelque part sur ce sentier, M. Schabler a regagné confiance.

« J’avais l’impression d’être couché au sol dans une pièce toute noire, mes mains s’agrippant à l’échelon inférieur d’une échelle. Puis Dariusz est arrivé, il m’a tendu la main et m’a tranquillement guidé jusqu’au haut de cette échelle. »

« Je ne suis pas une personne handicapée. On m’a donné les moyens de redevenir autonome. INCA m’a remis en selle. »

Aujourd’hui, M. Schabler se promène dans les rues de la ville et même à bord du SkyTrain de Vancouver, comme un professionnel. Il n’est plus confiné à son appartement. Il sort et il vit de nouveau. Il dit même que d’une certaine façon, il peut encore voir, mais pas de la même façon qu’il avait l’habitude de le faire.

« Je vois ma fille lorsque je lui fais un câlin et je vois le visage de ma femme et ce sourire qui m’a conquis il y a 39 ans. Je vois cela en posant mes mains sur ses joues. »

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