Glaucome et cerveau

Le mois dernier, En Vue INCA vous faisait part de certains des résultats de l’Étude canadienne sur le glaucome, un projet de recherche subventionné par INCA qui permet de mieux élucider les mystères du glaucome. Les derniers mois ont été très actifs au plan de la recherche sur cette maladie, alors qu’une autre étude, financée elle aussi par INCA, a révélé de nouvelles options de traitement fort intéressantes de cette maladie qui affecte le cerveau aussi bien que la vision.

Neeru Gupta, spécialiste du glaucome, et Yeni Yucel, pathologiste, tous deux médecins au St. Michael’s Hospital et professeurs d’ophtalmologie et de sciences visuelles à la University of Toronto sont les principaux coauteurs d’une étude qui, en juillet, s’est mérité le prestigieux prix de l’Association of International Glaucoma Societies à Singapore.

Glaucome : les rudiments

Le glaucome engendre une détérioration du nerf optique. La maladie progresse souvent pendant plusieurs années et de nombreuses personnes ne réalisent qu’elles en sont atteintes que lorsque la perte de vision est irréversible.
 
La pression à l’intérieur de l’œil (appelée « pression intraoculaire ») semble être un des facteurs qui contribue à la progression de la maladie Conséquemment, le traitement du glaucome consiste habituellement en l’instillation de gouttes oculaires conçues pour réduire la pression intraoculaire. Une intervention chirurgicale peut être pratiquée dans certains cas plus graves. Cependant, en dépit d’un traitement réussi, de nombreux patients sont aux prises avec une maladie qui progresse mystérieusement.

Lien entre le glaucome et le cerveau

Le fait que certains patients continuent à perdre la vision même après le traitement suggère qu’un élément autre que la pression intraoculaire est impliqué dans la progression de la maladie.
 
Les Drs Gupta et Yucel ont consacré les 10 dernières années à explorer cette possibilité. Leurs travaux antérieurs démontrent que la détérioration du nerf optique par le glaucome peut s’étendre à des centres visuels importants dans le cerveau (un processus bien connu dans d’autres maladies neurodégénératives). Lorsque la dégénérescence s’amplifie, les cellules nerveuses du cerveau qui ont trait à la fonction visuelle s’étiolent et meurent.
 
Peut-on prévenir la dégénérescence de ces cellules nerveuses? En d’autres termes, peut-on traiter le glaucome directement dans le cerveau?

Nouveau traitement possible

Les docteurs Gupta et Yucel ont étudié ce concept. Publiée en 2006 dans Archives of Ophthalmology, leur étude s’intitule « Memantine protects neurons from shrinkage in the lateral geniculate nucleus in experimental glaucoma » (La mémantine protège contre le rétrécissement des neurones au niveau du noyau géniculé latéral dans le glaucome expérimental).
 
À l’aide d’un modèle expérimental, ils ont évalué les effets de la mémantine (médicament, fréquemment utilisé pour traiter la maladie d’Alzheimer, qui n’a aucune conséquence sur la pression oculaire), à savoir si ce médicament pouvait prévenir les dommages causés par le glaucome aux principaux centres visuels du cerveau.
 
Étonnamment, ils ont constaté avec que le médicament avait un effet distinctif. La mémantine protège les cellules nerveuses de l’étiolement (processus appelé neuroprotection). « Pour la première fois, nous avons la preuve que nous pouvons réduire les dommages occasionnés par le glaucome, non pas en employant des médicaments qui traitent la pression intraoculaire, mais bien un médicament qui agit sur le cerveau », déclare Dr Gupta. Cependant, ajoute-t-elle avec précaution, « des études internationales sont déjà en cours pour analyser les données recueillis lors d’essais cliniques en vue de nous indiquer quels patients pourraient en tirer avantage. »

« Ceci est très emballant, car cette donnée ouvre la porte à de nouvelles options de traitement qui ciblent à la fois l’œil et le cerveau. » 
 
Et ce n’est pas tout. La recherche des docteurs Gupta et Yucel a des conséquences beaucoup plus vastes, car le processus de neuroprotection qu’ils ont démontré peut aussi s’appliquer à d’autres maladies oculaires.

La subvention de recherche accordée par INCA est essentielle

Cette étude ouvrira la voie à de nombreuses autres études sur le glaucome à travers le monde. Les docteurs Gupta et Yucel tiennent à féliciter INCA qui, selon eux, a joué un rôle majeur dans la réalisation de leur projet.
 
Alors que leur recherche a été financée par de nombreuses organisations, INCA fut l’une des premières à leur accorder son appui. « La subvention d’INCA nous est venue dès les premières phases de la recherche, alors que nous en avions vraiment besoin pour poursuivre notre travail », déclare Dr Gupta. « Nous sommes extrêmement reconnaissants à INCA pour le soutien qu’il nous a apporté. Ce fut essentiel. »
 
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