Une vie passée à faire des choses extraordinaires​

florenceweb.jpg« Votre mandat n’est-il pas terminé? », demande l’énergique Florence Carter, 87 ans, au lieutenant-gouverneur David Onley, alors qu’il lui remet le Prix du Gouverneur général pour l’entraide, le 19 février à Queen’s Park, en reconnaissance de ses plus de 30 années d’enseignement aux personnes aveugles.

« Il s’est mis à rire », déclare Mme Carter en recevant une plaque et une épinglette en compagnie de 40 autres lauréats. Le Prix du Gouverneur général pour l’entraide a été créé en 1995 par Roméo Dallaire, le lieutenant-gouverneur de l’époque, pour rendre hommage aux Canadiens bien ordinaires qui font des choses tout à fait extraordinaires.

Florence Carter, qui a vécu pendant 60 ans, jusqu’à l’an dernier, dans la ville de Leaside, a fait cela toute sa vie.

À l’âge de 17 ans alors qu’elle se prépare à fréquenter l’université du Nouveau-Brunswick, cette native de Halifax apprend qu’elle a un abcès au cerveau. En dépit d’une intervention chirurgicale pratiquée par le très renommé Dr Wilder Penfield, elle devient aveugle.

Sa première réaction est une réaction de déni. « Je suis devenue agressive, dit-elle. J’ai dit aux gens d’INCA de ne pas me déranger, car ma vision allait revenir. »

Toutefois, en 1947, elle a si bien appris le braille que L’Institut l’envoie à Toronto pour suivre un cours sur l’enseignement de tâches domestiques simples aux personnes récemment devenues aveugles.

Après avoir réussi ce cours, elle retourne à Halifax et se déplace seule dans les trois provinces maritimes pour visiter des clients, un défi qu’elle adore, car il lui procure un sentiment de liberté.

« Il est essentiel pour Mme Carter de pouvoir faire les choses par elle-même », raconte Sue-Marsh-Woods, gestionnaire régionale, Services et activités, INCA Toronto, qui la surnomme la Reine de la réadaptation en raison de sa profonde croyance en l’autonomie des personnes handicapées.

En 1953, de retour à Toronto pour suivre un cours de perfectionnement à L’Institut, elle rencontre son futur mari Lloyd, devenu aveugle pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ils se marient et déménagent sur le chemin Donlea, à Leaside, où ils élèvent leur fils Greg, aujourd’hui ambulancier paramédical.

« J’ai adoré le quartier, dit-elle, je pouvais me rendre au travail à pied et j’avais de merveilleux amis. C’était un endroit exceptionnel pour élever des enfants. »

Lorsqu’elle prend sa retraite en 1992, Mme Carter lègue à INCA un cours de soutien pour les personnes qui ont de la difficulté à accepter la perte de vision sur le plan émotif. Ce manuel est aujourd’hui le principal outil du genre utilisé partout au pays.

Mais Mme Carter ne peut s’empêcher de travailler. Elle choisit donc d’enseigner donc la dactylographie avec doigté au Collège Mohawk, et ce pendant 19 ans.

Mme Carter coécrit aussi le livre « Celebrating Braille:  A Canadian Approach » publié en 2009.

Avant sa publication, les ouvrages de référence pour personnes aveugles ne faisaient référence qu’à des données américaines. Ce livre est pour sa part rempli de contenu canadien.

« Je n’en pouvais plus de lire à propos de la porcelaine de Chine de la Maison-Blanche », raconte Mme Carter, qui rappelle qu’il lui a fallu trois ans pour rédiger cet ouvrage. « Je ne l’ai pas fait pour l’argent, car j’ai fait don de tous les profits, mais ce livre a modifié et unifié le code de braille anglais partout dans le monde et a introduit des symboles informatiques qui sont constamment mis à jour. »

Mme Carter a aussi reçu la médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II pour sa contribution à l’avancement de l’éducation des personnes aveugles. Et qui sait combien d’autres prix elle recevra?

« Elle a tant fait pour la collectivité, c’est tout simplement incroyable », de dire Mme Marsh-Woods, qui insinue que l’Ordre du Canada constituerait une suite logique.

Son enthousiasme est soutenu par Mme Carter qui rassure ses collègues aveugles en disant : « La vie continue après INCA! »

 

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