Son braille touche le cœur des lecteurs aveugles depuis 40 ans​

doris_low.jpgINCA rend hommage à Doris Low pour ses 40 ans de service.

« On ne voit bien qu’avec le cœur », a dit Antoine de Saint-Exupéry dans le roman Le Petit Prince.

Doris Low le sait, elle le sait depuis longtemps.

Doris Low a eu 90 ans au début du mois de décembre. Une fois par semaine, elle se rend encore en voiture au Centre INCA (L’Institut national canadien pour les aveugles) de Toronto pour participer avec trois collègues à la transcription de textes en braille, nourrissant ainsi le cœur et l’esprit de nombreuses personnes vivant avec une perte de vision.

Mme Low fait du bénévolat depuis plus de 40 ans. Mais comme bien d’autres histoires, son parcours commence par... Il était une fois.

Née à Halifax, Mme Low obtient un baccalauréat en commence et déménage à Toronto en 1946 juste après la Deuxième Guerre mondiale pour travailler dans le « milieu des affaires ».

Peu de temps après, elle admet ne pas beaucoup aimer la comptabilité.

« M’étant fait plusieurs amis enseignants à mon arrivée à Toronto, ces derniers m’ont alors dit : “Pourquoi ne pas enseigner?” C’est ce que j’ai fait », dit-elle.

Mme Low savait fort bien que de nombreuses personnes considéreraient ce changement comme une semi-retraite. « Ce n’est vraiment pas le cas », dit-elle. 

Elle enseigne l’anglais, le français et la dactylographie à la Danforth Technical School, puis, près de six ans plus tard, travaille à la bibliothèque.

Il va s’en dire que Mme Low adore lire. Lorsque sa mère commence à perdre la vue, elle lui fait la lecture. « J’ai entendu un matin un message à la radio demandant des personnes désireuses d’apprendre le braille », raconte-t-elle. Une fois encore, Mme Low décide de se lancer. En 1973, elle est reconnue transcriptrice de braille agréée. Elle transcrit alors des livres, y compris des ouvrages qu’elle aime bien, pour le compte de la Bibliothèque d’INCA.

« Il était ardu de travailler avec les anciennes machines à écrire le braille », raconte-t-elle.

Sans mentionner le fait que, comme toute personne qui a fait de la dactylographie le sait trop bien, une personne pouvait se rendre à la fin de la page de « 40 caractères par ligne et 24 lignes par page », faire une erreur à la dernière ligne, et être obligée de tout recommencer.

« C’était à vous rendre fou », se souvient-elle.

Pendant plusieurs années, Mme Low travaille aussi comme narratrice dans les studios d’enregistrement d’INCA. Malheureusement, en raison de ses antécédents en commerce, on lui confie souvent la lecture de manuels économiques peu emballants. Éventuellement, incapable d’occuper de front ces deux fonctions, elle retourne alors à la transcription en braille de livres techniques et d’ouvrages de fiction pour lecteurs de tous âges.

Mme Low ne s’est jamais mariée et n’a jamais eu d’enfants, mais elle aime par-dessus tout transcrire des livres pour enfants.

Ayant pris sa retraite de l’enseignement en 1985, elle considère INCA comme bien plus qu’un simple endroit où faire du bénévolat.

« Les femmes avec qui je travaille sont devenues ma famille. Ce sont des gens magnifiques et ma relation avec elles tient à l’essentiel. Nous nous entraidons. »

En 2007, Doris Low se fracture la hanche. Puis, il y a trois ans, l’arthrite la force à cesser la transcription. « Je me suis alors mise à la correction des épreuves », dit-elle en se remettant au travail.

« Avons-nous beaucoup de travail? Vous n’en avez pas idée », précise-t-elle en riant.

En avril, pendant la Semaine nationale de l’action bénévole, INCA rendra hommage à Doris Low pour ses plus de 40 ans de contribution à INCA. Grâce à des bénévoles comme Mme Low, la Bibliothèque d’INCA compte plus de 80 000 ouvrages accessibles produits dans des médias substituts comme le braille et la version sonore. Il s’agit de la plus importante bibliothèque pour les personnes incapables de lire les imprimés au Canada.

« Je ne saurais vous dire combien de clients d’INCA de tous âges ont profité de la contribution de Doris Low, à la fois comme narratrice à la riche voix, comme transcriptrice minutieuse de centaines de livres en braille, puis comme correctrice d’épreuves. Et elle est toujours en poste », précise Darleen Bogart, responsable nationale du braille à INCA, dans une récente déclaration.

Darleen Bogart affirme qu’un des défis que Mme Low a dû surmonter a été la transition du code braille littéraire, utilisé pendant de nombreuses années en Amérique du Nord, au nouveau Unified English Braille (code braille anglais uniformisé). Cette nouvelle norme simplifie l’apprentissage du braille, surtout pour ceux et celles qui ont lu des imprimés pendant la plus grande partie de leur vie.

Comme nous tous, Mme Low a trouvé l’hiver tenace, mais, qu’à cela ne tienne.

Elle affirme qu’une vie équilibrée se compose de trois choses : un peu de plaisir, un peu de travail et un peu d’amour.

Son plaisir c’est l’auto rouge qu’elle vient tout juste d’acheter, son travail l’attend tous les mercredis alors qu’elle s’assoit avec ses collègues d’INCA et l’amour, elle en a en abondance : « De nombreuses personnes prennent soin de moi », dit-elle. 

C’est avec cet esprit passionné qu’elle amorce ses 90 ans, affirmant que ce long hiver n’est que passager. « Le printemps arrivera. »


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