L’histoire de sœur Sylvia Staples

Sœur Sylvia Staples entre chez les Sœurs de la Présentation en 1959 et commence ainsi 32 années de carrière en enseignement. Lorsqu’elle prend sa retraite en 1993, son engagement est encore plus fort. « J’ai décidé qu’il était temps d’entreprendre une seconde carrière », dit-elle.

Elle concentre alors ses énergies à prendre soin des personnes âgées et des malades. Elle travaille au service d’aumônerie du Western Memorial Hospital et au service de pastorale de la paroisse Cathédrale de Corner Brook (Terre-neuve et-Labrador). Donner en retour lui procure une immense joie. 

Sœur Staples se passionne aussi pour les voyages. Après avoir visité la République Dominicaine, elle éprouve un sentiment d’appartenance. « Je voulais vivre là-bas. J’ai toujours su, dans mon cœur, que je voulais travailler dans un pays en développement et j’en avais ici l’occasion », raconte sœur Staples.

À l’été 2011, alors qu’elle profite d’un court séjour à la maison, elle éprouve un problème aux yeux. 

« J’ai perdu totalement la vue dans mon œil droit. Mon médecin avait l’impression que j’avais été victime d’un léger AVC », raconte sœur Staples. 

En 2012, lors d’une autre visite, son médecin lui suggère de ne pas retourner dans les Caraïbes, car il craint qu’advenant un autre problème visuel, elle ne puisse pas obtenir les soins dont elle aurait besoin.

Or, le 20 décembre 2013, la vie de sœur Staples change totalement. C’est une journée qu’elle n’oubliera jamais. Elle se souvient d’avoir été couchée attendant la lumière du jour pour rendre visite à sa sœur pour la période des fêtes. « Sœur Margaret Marie a alors frappé à ma porte pour me demander quand je me lèverai, raconte sœur Staples, me précisant qu’il était 8 h 25. Au début, j’ai été surprise qu’il soit si tard, puis j’ai été étonnée par le fait que le soleil ne se soit pas encore levé. Du moins, c’est ce que je pensais. »

Sœur Staples réalise alors qu’elle a un sérieux problème visuel. 

« Plutôt que de me rendre à l’aéroport, j’ai immédiatement été conduite à la salle d’urgence. On m’a alors expliqué que j’avais été victime d’une neuropathie optique ischémique, et qu’il ne me restait que 2 % de vision dans l’œil gauche. J’ai l’impression de regarder à travers le trou d’une aiguille. À l’époque, personne ne sachant ce qu’il fallait faire d’une personne aveugle, j’ai été conduite à l’infirmerie Nano Nagle de la maison-mère des Sœurs de la Présentation où j’ai commencé ma démarche d’adaptation à la perte de vision. » 

Sept mois plus tard, sœur Staples regagne sa communauté de religieuses actives et solidaires. En dépit de tout le soutien qu’elle reçoit, elle constate qu’elle doit dorénavant relever des défis auxquels elle n’avait jamais pensé. 

« Parce que nous vivons dans un monde axé sur la vision, je n’ai jamais porté attention à la façon dont nous nous adaptons automatiquement à des environnements changeants afin d’éviter certains obstacles, précise-t-elle. J’ai commencé à comprendre que sans vision, même les cadres des portes et les escaliers pouvaient être dangereux. C’est alors que j’ai décidé que je ne consacrerai pas le reste de mes jours à m’apitoyer sur mon sort. Mon ophtalmologiste m’a dirigé vers Réadaptation en déficience visuelle Terre-Neuve-et-Labrador, une division d’INCA, et Alice, ma spécialiste en orientation et mobilité, m’a aidé à troquer les clés de ma voiture pour une canne blanche. »

Suzie est un appareil adapté qui aide sœur Staples à éviter certains obstacles physiques, l’aidant ainsi à se déplacer en toute sécurité et autonomie.  

« Lorsque je fais du magasinage, j’essaie d’être aussi autonome que possible, relate-t-elle. La formation que j’ai reçue m’a appris à me déplacer de manière sécuritaire et autonome. Toutefois, lorsque les présentoirs de vêtements des magasins se trouvent soudainement au milieu du centre commercial ou qu’une personne place une affiche au beau milieu du trottoir, il peut être gênant de frapper de tels articles. Et lorsque cela arrive une fois de trop, le magasinage devient une activité beaucoup moins intéressante. » 

Elle poursuit en disant : « Heureusement, à la maison, avec l’aide d’INCA, je peux organiser ma garde-robe de manière à savoir où se trouve mes vêtements. Il en va de même pour la salle de bain. J’applique la pâte dentifrice sur mon doigt avant de l’appliquer sur ma brosse à dents. Mes amis m’aident aussi à faire certaines tâches comme jumeler mes paires de chaussettes. La perte de vision m’a appris bien des choses qui ne faisaient pas tout à fait partie de l’apprentissage permanent auquel je voulais me consacrer, mais c’est une importante expérience de formation. Je sais maintenant comment utiliser les technologies adaptées pour accéder à Internet et à mes courriels. J’apprends le braille et je pense voyager de nouveau en 2018. Je me rendrai cette fois en Irlande. » 

Sœur Staples espère que les gens comprennent que peu importe l’endroit où ils vivent et l’âge qu’ils ont, la perte de vision ne doit pas les empêcher de faire les choses qu’elles aiment.

Sœur Staples est une personne déterminée qui n’a pas l’intention de laisser la perte de vision ralentir ses activités. Elle raconte que sa force lui vient des gens qu’elle côtoie, ce qui l’incite encore une fois à redonner à sa communauté. 

« INCA m’a démontré que je pouvais faire tout ce que je voulais. Mais il me faut pour cela procéder quelquefois de manière différente. Ma spiritualité m’a aidé à garder les pieds sur terre et à demeurer optimiste et je ne pourrai jamais assez remercier les gens qui m’entourent : les spécialistes en réadaptation visuelle, les bénévoles d’INCA, la communauté des Sœurs de la Présentation et ma famille biologique. Poursuivez l’excellent travail que vous faites pour autrui! »

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