Le récit de Jack Marquardson

N’ayant jamais travaillé avec une personne aveugle auparavant, Jack Marquardson était craintif. Mais il a non seulement constaté que ses inquiétudes étaient injustifiées, il a vécu une expérience des plus enrichissantes.

« Scott Best m’a beaucoup appris sur la patience et l’art de surmonter les obstacles. Il m’a aussi permis de comprendre qu’une personne aveugle peut faire presque tout ce que fait une personne qui voit, en le faisant toutefois quelque peu différemment. »

Jack Marquardson est gestionnaire du service de rédaction de la Direction des communications du gouvernement du Manitoba. Il est le supérieur hiérarchique de Scott Best depuis un an et demi. Scott Best, maintenant âgé de 27 ans, est né avec une rétinopathie du prématuré et a perdu le peu de vision qui lui restait dès l’âge de trois ans.

Scott Best a été embauché par l’entremise du programme d’accès aux carrières, un programme de placement et d’aiguillage destiné aux chercheurs d’emploi externes qui se définissent comme appartenant à l’un ou l’autre des groupes suivants visés par l’équité en matière d’emploi : Autochtones, membres de minorités visibles ou personnes vivant avec une déficience.

Au début, Jack Marquardson avait certaines appréhensions et se sentait mal à l’aise quant à la façon d’aborder au travail les problèmes de vision de Scott Best.

« J’avais peur de dire ou de faire quelque chose qui le blesserait. Je me demandais aussi si Scott serait capable de faire les tâches demandées et si sa cécité nuirait à son efficacité, ce qui constituerait un gros problème, surtout en période de surcharge de travail. »

Mais Jack Marquardson découvre tout le contraire et remarque combien il est facile de travailler avec une personne aveugle.

« Après avoir travaillé avec Scott pendant seulement quelques semaines, j’ai constaté qu’il était tout aussi compétent que ses collègues et que sa cécité ne constituait pas vraiment un problème. »

Le poste de travail de Scott Best est muni des mêmes outils de travail que les autres employés. Les seules mesures d’adaptation qui lui ont été fournies sont un logiciel Jaws, qui lui permet de lire le texte affiché à l’écran au moyen d’une sortie vocale, et une imprimante braille. 

Grâce à cette expérience, Jack Marquardson a appris comment rendre un poste de travail accessible. Il a aussi découvert de première main qu’embaucher une personne vivant avec une déficience ne signifie pas que cette personne ne pourra pas faire le travail.

« Scott est devenu un important membre de l’équipe. Il est un rédacteur chevronné et un réviseur très estimé par tous les membres du service. Le plus beau compliment que je pense pouvoir faire à Scott est le suivant : lorsque je pense à lui, il est très rare que je pense à lui comme à une personne aveugle. » 

Scott Best est l’une des quelques personnes aveugles du Canada à avoir un emploi. En effet, le taux d’emploi des Canadiens vivant avec une perte de vision est remarquablement bas, soit 38 % contre 73 % dans le cas des personnes non handicapées. De surcroît, près de la moitié des Canadiens aveugles ou ayant une vision partielle ont un faible revenu, soit un salaire annuel de 20 000 $ ou moins.  

« C’est tout à fait injuste, affirme Jack Marquardson. Cela constitue une perte de ressources précieuses, parce que de nombreuses personnes handicapées, comme Scott, sont très qualifiées, mais elles ne peuvent pas décrocher un premier emploi. Je crois que plusieurs employeurs voient la déficience avant de voir l’individu. Ils craignent de devoir fournir une foule de mesures d’adaptation, ce qui nécessiterait du travail et des frais supplémentaires. »

« Mais ce n’est pas vrai, dit-il. De nombreuses personnes handicapées ne requièrent que très peu d’aide en milieu de travail et elles ont tendance à être très motivées, peut-être parce qu’elles veulent prouver qu’elles peuvent accomplir la plupart des tâches qu’une personne non handicapée peut réaliser. Elles ont tout simplement besoin d’une occasion opportune. »

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