100 Ans : Un Privilège!

July 18.jpgMadeleine Antonio-Sauvé, cliente et donatrice chez INCA, célébrera ses 100 ans en même temps que l'organisme ! Voici une parcelle du vécu de cette femme qui a beaucoup à nous apprendre. 

Madame Antonio-Sauvé est née en 1918, année de la fondation d'INCA, un des plus anciens organismes de bienfaisance du pays. Elle a commencé à perdre la vue vers l'âge de 80 ans en raison de la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Elle a aussi eu un cancer de la paupière et un AVC dont la paralysie qui en a découlé l'empêche désormais de fermer l'œil gauche.  Elle voit encore les silhouettes, mais ne reconnaît plus les visages ni les couleurs.  Ce n'est cependant ni l'âge ni la perte de vision qui l'arrêtent. À l'aube de ses 100 ans, elle est parfaitement autonome, fait 2 marches par jour et se tient bien au fait de l'actualité ! Elle suit religieusement tous les faits et gestes du Président américain Donald Trump, qu'elle se plait à détester. 

Pour Madame Antonio-Sauvé, il faut demeurer actifs et de ne pas lâcher! « Être dans une chaise berçante ce n'est pas pour moi! » lance-t-elle sans pudeur. Le plus difficile pour elle a d'ailleurs été de demeurer autonome malgré sa perte de vision. « Je vis seule et j'ai dû apprendre à me débrouiller », affirme Mme Antonio-Sauvé de sa voix éraillée par le temps.  Elle explique qu'elle a entre autres dû s'habituer au toucher, développer une routine, que pour se faciliter la vie, elle a cessé de faire la cuisine et commande désormais des repas congelés.  Certains outils comme sa canne blanche et l'indicateur de liquide pour savoir lorsqu'un verre est plein lui sont particulièrement utiles.  « J'évite aussi les dangers, souligne-t-elle. Je m'aventure moins, disons. Mais je n'ai pas l'intention d'arrêter ! » 

Madeleine a connu INCA d'abord par les livres audio. « J'ai collectionné des livres toute ma vie pour ma vieillesse et finalement je n'ai jamais pu les lire en raison de ma perte de vision, raconte-t-elle. Les livres audio d'INCA ont été une bénédiction! » affirme cette passionnée de lecture.  Il y a d'ailleurs toujours 7-8 livres enregistrés par INCA qui l'attendent sur sa table de chevet.  « Mon plaisir de la vie, c'est les livres parlants, confie-t-elle. C'est merveilleux, ça me stimule psychologiquement. J'aime écouter des livres sur l'histoire, la philo, la psychologie et des biographies… c'est très éducatif » poursuit celle qui lit une à deux heures par soir avant de se coucher. En ce moment elle lit la biographie de Trudeau.

Récemment, Madeleine s'est aussi inscrite à un groupe de soutien chez INCA, question de briser un peu de son isolement, sortir de la maison et échanger avec d'autres.  « Le groupe m'a permis de rencontrer des personnes comme moi et d'en apprendre sur leur vécu. » Elle a d'ailleurs été inspirée par ceux qui ont moins de vision qu'elle. Puis elle est heureuse d'avoir abordé différents sujets au cours des séances, tels que celui de l'affirmation de soi, la gestion du stress et le deuil, un thème qu'elle ne voulait surtout pas manquer. Même si en raison d'un problème auditif, il était parfois difficile pour elle de suivre les conversations, elle a beaucoup apprécié les rencontres et réussi à faire rire le groupe à quelques occasions, notamment avec une histoire salée.   « J'ai été applaudie à deux reprises dans le groupe! dit-elle fièrement. C'était la première fois de ma vie que cela m'arrivait! » Madeleine attend désormais avec impatience la prochaine session.  « Ça me fait une activité! » dit-elle avide de conserver une vie sociale.

Elle a aussi beaucoup apprécié le CD qui lui a été remis lors de la première rencontre avec toutes les ressources existantes du milieu de la déficience visuelle. « C'est merveilleux! J'aurais aimé connaître toutes ses ressources il y a 10 ans » mentionne-t-elle.  Mais ce qui l'a le plus impressionnée, c'est d'entendre l'histoire d'INCA : « J'ai été surprise de voir que l'organisme a été créé l'année de ma naissance ! »  

« Mon plus jeune fils a 72 ans et mon plus vieux 80 ans, vous savez » dit-elle en riant en parlant de ses 3 enfants qui lui ont donné 26 descendants. « Ma plus grande fierté a été de travailler pendant plus de 20 ans pour leur permettre d'être éduqués et devenir des professionnels. »

Après avoir pris sa retraite, Madeleine a fait du bénévolat pendant près de 15 ans.  Huit heures par jour, elle accompagnait des dames âgées dans leurs activités: allait marcher avec eux, allait au casino, jouait aux dominos, selon leurs intérêts. C'était un réel bonheur pour elle. « C'est ce que j'ai apprécié le plus de ma vieillesse; faire plaisir à d'autres, rendre leur vie plus facile. » Ne pas pouvoir faire davantage de bénévolat est ce qui l'a le plus peinée d'avoir un handicap. Pourtant, elle a accompagné une dame pendant 9 ans ! Et ce n'est qu'il y a 3-4 ans, vers l'âge de 95 ans qu'elle a arrêté … « Il fallait que je commence à prendre du temps pour moi » justifie-t-elle candidement.   

Maintenant, elle contribue à la société en participant à une recherche à l'Université de Montréal pour permettre aux personnes âgées ayant un handicap visuel et auditif de demeurer à domicile; une cause qui lui est chère.

Son secret est de ne pas lâcher: « Il faut continuer, ne pas se prendre en pitié ! Il faut aussi accepter de vieillir.  On a l'usure de notre âge, vous savez… Si je commence à oublier, bien c'est parce que mon cerveau est fatigué et lorsque j'ai mal aux os, je me dis que c'est l'usure normale de la vie » relativise-t-elle sagement. « Je fais ce que je peux avec ce qu'il me reste », conclut-elle avec son positivisme naturel.

« Avoir 100 ans c'est un privilège! » affirme Madeleine Antonio-Sauvé, consciente que peu de gens se rendent à cet âge. « Je suis heureuse d'avoir cette chance, je veux donc en jouir le plus possible! » Voilà un constat qui s'applique aussi très bien à INCA... 100 ans, c'est un privilège! Et nous souhaitons en profiter au maximum pour aider les personnes comme Madeleine Antonio-Sauvé qui souhaitent demeurer autonomes nonobstant leur limitation visuelle et jouir de la vie! 


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